L'aventurière

 

Tu veux savoir ce que c’est pour moi l’amour aujourd’hui? 

J’ai une histoire marrante à te raconter justement. J’étais en Iran en automne avec des copains. Et là au milieu du désert, on croise un mec. Un français. Dans un endroit qui n’existe sur aucune carte. Dans aucun guide. Je lui parle. On échange quelques mots et on remonte chacun dans nos voitures respectives. Mais je me dis qu’on se reverra. C’est sûr. On doit dormir dans le même village voisin. Je regarde mes copains et je leur dis « c’est exactement un mec comme ça qu’il me faut. Un aventurier rencontré dans un désert en Iran. »

 

Imagine tu racontes ça à tes enfants. « Oui, oui, Juliette et Romane. Papa faisait du surf sur les dunes en Iran quand je l’ai vu la première fois. Moi j’avais un voile rouge sur les cheveux. Lui des lunettes de soleil. Il était beau. Très bronzé. On a regardé le coucher du soleil ensemble et on s’est échangé quelques mots. C’est ça l’amour mes chéries. Tomber amoureux sur une dune en Iran au coucher du soleil ».

 

Sauf que je ne l’ai jamais revu.

Quelques mois plus tard, mon copain Julien le retrouve. Sur internet. Il cherche sur Instagram, contacte une fille qu’on avait croisée et qui avait aussi croisé ce garçon mystérieux. Elle retrouve son numéro.

Voilà comment je me retrouve avec son numéro et son nom, sans oser le contacter. 

Avoue que c’est bizarre. Tu croises une fille. Tu lui parles 5 minutes dans le désert et elle te retrouve. C’est vraiment flippant quand on y pense. 

 

J’ai fini par lui écrire. Il habite à Lyon. Moi à Paris. 

Je cherche un moyen de le revoir et finis par trouver une formation de deux jours à Lyon. C’est parfait. J’y vais pour lui, mais pas seulement.

J’arrive à Lyon, j’ai mis 3 jours à me demander ce que j’allais porter, comment j’allais me maquiller, me coiffer. Il avait l’air assez roots, il ne faut pas que je fasse ma petite parisienne. 

Le premier soir, il n’est pas dispo. Bon. « On se voit avant que je reprenne mon train à 19h ? - Oui ! Je te tiens au courant, je vais essayer de me libérer dans l’aprem ».

Je reçois un message à 18h30. Il ne viendra pas. 

 

Désolée Juliette et Romane. Ça sera pour une prochaine fois. 

Tu vois l’amour c’est le cœur qui bat, le fantasme.

Et puis, tu passes à autre chose.

 

...

 

Je suis dans le train là. Justement je rentre de Lyon. Donc tu vois c’est dur de te parler d’amour comme ça aujourd’hui.

 

Je pense que l’amour, le vrai, ça sera pour mes enfants. Un amour animal. C’est triste non ? 

 

En attendant j’ai des amours. J’en ai beaucoup même.

 

Alors non, pas des polyamoureux. J’ai arrêté ça. Même si je suis sûre qu’on peut aimer plusieurs personnes. J’ai quand même envie d’idéaliser et de sacraliser un amour. C’est mon côté judéo-chrétien.

 

Aujourd’hui, mes amours, ce sont mes sœurs que j’ai besoin d’entendre, de sentir, de toucher. Ma mère, que j’adore détester, mais que j’aime plus que tout. Mon père, que j’aime et qui m’aime, mais qui ne sait pas s’y prendre. Ma grand-mère, que j’aime fort et vite, avant qu’il ne soit trop tard. Et mon chien. Je t’ai pas encore parlé de mon chien. Je crois que c’est lui qui m’apporte le plus de tendresse en ce moment. Et ça la tendresse, je ne peux pas m’en passer.

 

 

Et puis j’ai mes amis. Alors eux ils sont super importants aussi. Je les ai choisis et on grandit ensemble. Je les aime tellement que je leur raconte tout, je ris et je pleure avec eux. On s’engueule aussi de temps en temps, mais jamais longtemps. On parle d’amour. Beaucoup même. On cherche tous une sorte d’idéal. Un mec gentil, un peu sûr de lui mais pas trop, cultivé, mignon, un bon géniteur. Pas compliqué non ? Tu vois ? Toi aussi tu cherches ça non ? Et pourtant ça foire tout le temps. Parce que le mec n’est jamais comme on veut au final. On se dit qu’on peut toujours trouver mieux. Et on se dit que le prochain sera le bon. Et ça recommence. 

 

Alors on se dit que c’est pas grave. En fait, on est ensemble avec les copains. On voyage, on va boire des verres, on va à des concerts... on a déjà tellement d’amour qu’on se dit que ça suffit.

Mais en fait c’est pas vrai. 

 

On n’est pas plus avancé qu’à 25 ans, mais bientôt on en aura 35, tu vois ? Il y a une sorte de pression sociale tout ça, tout ça.

 

Dimanche soir. On se sent seul. Alors on appelle les copains. On va se soûler ensemble.

Et ça recommence.

 

 

C’est dans ces moments-là que je me répète mon poème préféré. C’est de Khayyam. Un poète perse. Ça en jette quand tu le balances au premier rendez-vous.

 

« Le clair rayon de la lune écarte la robe de la nuit.

 

Bois tu ne trouveras plus un instant aussi propice.

 

Sois heureux et sans souci car cette lune que tu vois.

 

Déversera sa pâle lumière sur nos tombeaux bien des nuits. »

 

Il est cool hein ?

Tu vois. Faut profiter de la vie. Alors je bois, je m’amuse et j’enchaîne les mecs.

Je me répète ce poème, alors qu’en fait, je rêve qu’on m’en écrive un sur l’amour. Un truc super ringard. J’adorerais.

 

...

 

Et puis tu relativises. Tu te dis que tes copains en couple depuis longtemps, c’est l’amour qui ne fait plus l’amour. Et ça c’est pas mieux que toi. 

 

 

Alors tu attends. Chercher ça sert à rien. Une belle histoire ça te tombe dessus.

Et là, j’ai plus peur de tomber.

Illustration inlove_streetart <3
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